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A. Le
paléolithique et le mésolithique (de -800.000 à -5.000)
La fabrication par l'homme d'outils en silex
marque le début du paléolithique. Cette époque est marquée par une alternance de
périodes froides et de périodes chaudes. La calotte glaciaire descend jusqu'à la
moitié des Pays-Bas. La Belgique s'étend donc juste sous la limite des glaces. La plus
ancienne trace de présence humaine en Belgique a été trouvée à Hallembaye (province
de Liège). Il s'agit d'outils primitifs en silex datant d'environ 800.000 ans.
Aux alentours de 400.000 avant J.-C., l'homme fait son apparition dans la région de la
Meuse. Il maîtrise le feu. Ses outils sont des silex arrondis avec un tranchant. Plus
tard, apparaît le premier biface, silex taillé de manière à obtenir deux tranchants.
Le travail du silex gagne en précision. A partir de 250.000 avant J.-C., l'homme débite
la matière première d'une manière plus subtile. Le coup sur le silex est porté en
prévoyant la forme que prendront les esquilles. Ces éclats de pierre sont ensuite
utilisés pour fabriquer divers outils, comme les grattoirs pour peaux de bêtes.
De 250.000 à 35.000 avant J.-C., la Belgique est peuplée d'hommes de type
néandertalien. C'est principalement dans la province de Liège (Engis, Fonds-de-Forêt)
et de Namur (Hulsonniaux, Spy) que les fouilles ont livré des vestiges de cette époque.
L'homme honore ses défunts par des rituels funéraires, ce qui implique la croyance en
une vie après la mort. L'homme de Néandertal disparaît assez brusquement vers 35.000
avant J.-C. Il fait place à l'homme moderne.
A partir de 30.000 avant J.-C., l'homme commence à se parer. Il assemble des collier
faits d'os, de dents d'animaux et de perles. Il se teint le corps avec de l'oxyde de fer.
Vers 25.000 avant J.-C., on note l'apparition des premières statuettes. Elles
représentent des femmes au ventre énorme, aux cuisses épaisses et aux seins
proéminents. Elles servent principalement aux rites de fécondité. On trouve aussi des
dessins (surtout d'animaux) gravés sur des tablettes de pierre.
Les outils se raffinent. Après la pierre, l'homme utilise aussi les os d'animaux. Il en
tire des javelots, des harpons à crochets et des aiguilles (15.000 av. J.-C.).
Au paléolithique, l'homme pratique la chasse au gros gibier (mammouths, rhinocéros
laineux). Les animaux sont chassés pour leur viande, mais aussi pour leur peau. Les os de
mammouth servent à la construction de huttes ou d'armature pour les tentes.
Le mésolithique commence vers 9.000 av. J.-C. L'ère glacière touche à sa fin. La
végétation change et le sol se boise lentement. Le territoire belge se peuple d'animaux
plus petits. Les techniques de chasse s'adaptent au nouveau gibier. L'arc marque un grand
progrès. Le régime alimentaire n'est plus seulement constitué de viande; le menu
quotidien s'enrichit de nouvelles denrées, offertes par la nature, comme les baies. La
pêche se développe aussi. En plus du harpon et de l'hameçon, l'homme fabrique des
filets en écorce. Le mésolithique se caractérise par la présence de nombreux petits
éclats de silex usés. Ils servent à affiner des outils plus grands. L'outillage se
perfectionne, la hache et le burin apparaissent. Pour la première fois dans l'histoire,
l'homme est capable d'exercer une action sur son environnement. Des vestiges prouvent
clairement que, à partir de 7.000 avant J.-C., des bois sont systématiquement
défrichés |
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A.
Le haut Moyen-Age Aperçu général
Au début du Ve siècle, les Francs
envahissent la Belgique et installent leur capitale à Tournai. La dynastie des
Mérovingiens règne sur le pays. Vers l'an 500, Clovis, roi des Francs, reçoit le
baptême, et abandonne Tournai pour Paris. En Belgique, la christianisation massive
débute en 630, avec le soutien des moines celtes.
En 751, la dynastie des Carolingiens prend le pouvoir. Sous l'impulsion de Charlemagne, la
vallée de la Meuse devient le centre politique et économique de l'empire carolingien. La
succession de Charlemagne est assurée par son unique héritier, Louis le Débonnaire.
Après la mort de ce dernier, l'empire est divisé, avec l'Escaut comme ligne de
séparation. L'ouest de la Belgique est rattaché à la France et l'est, au Saint Empire
germanique. Les incursions des pillards normands, dans la seconde moitié du IXe siècle,
affaiblissent l'autorité du roi. Le pouvoir passe aux mains de l'élite locale, seule à
même de protéger efficacement les populations.
L'économie du haut moyen âge est essentiellement agricole. Les grands domaines
seigneuriaux essaient, dans la mesure du possible, de vivre en autarcie.
La justice est rendue selon le droit coutumier, consigné dans le Code salique.
L'occupation romaine avait profondément romanisé le sud du pays. Les envahisseurs
francs, infiltrés en nombre dans le nord, où l'influence romaine est moins profonde,
imposent leur dialecte germanique. Le sud a absorbé les Francs, minoritaires, et gardé
les idiomes romans. C'est la naissance de la frontière linguistique. |
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B.
Les Mérovingiens (de 400 à 750)
Le dernier jour de l'année 406, les
Germains traversent le Rhin en masse et envahissent la Gaule. Les Francs Saliens en
profitent pour soumettre la Gaule au nord de la Somme. Au Vième siècle, Tournai est le
centre de l'empire franc. Le territoire est gouverné par la dynastie royale des
Mérovingiens. Au VIième siècle, ils parviennent à étendre fortement leur puissance.
Vers 550, ils dominent toute la Gaule, ainsi que la Germanie. Comme une grande partie de
la noblesse gallo-romaine est christianisée, Clovis se voit obligé de se convertir au
christianisme.
Pourtant, la christianisation massive ne commence que vers 630, avec l'aide des moines
anglais et gaulois, qui ont le support du roi Dagobert et de l'aristocratie. Ils
s'adressent surtout au propriétaires fonciers. On construit des églises et des
monastères sur leurs domaines. Les cloîtres reçoivent de vastes terres pour subvenir à
leurs besoins.
Au VIième siècle, on parle en Belgique des dialectes germains et romans. Au cours d'un
processus long de plusieurs siècles, les dialectes germains deviennent majoritaires dans
une région, et les dialectes romans dans l'autre. La frontière linguistique se stabilise
au XIVième siècle, sauf dans la France septentrionale, où elle continue à migrer vers
le nord.
L'économie mérovingienne s'appuie surtout sur l'agriculture. Les surfaces cultivées
sont groupées en grands domaines. Ils appartiennent au roi, à l'aristocratie, à une
abbaye ou à une église. Le domaine se compose de deux parties: les terres corvéables
sont directement exploitées par le seigneur, les tenures sont labourées par les serfs
pour leur propre compte. Les serfs sont obligés de céder une partie de leur récolte.
Les techniques agricoles sont assez rudimentaires, et le rendement est faible. Au VIII
siècle, la mer du Nord régresse, et libère de nouvelles terres, disponibles pour
l'élevage des moutons. Les exploitations les plus importantes se trouvent surtout en
Hainaut, en Hesbaye et dans le sud du Brabant. En Flandre, elles sont plus petites. Comme
les domaines sont auto-suffisants, le commerce reste fort limité : seules s'achètent les
marchandises qu'on ne peut produire soi-même.
Les villes mosanes de la fin de la période romaine conservent leur attraction sur la
population. Grâce à l'existence des mines de fer, le pays de Meuse entre Dinant et
Maastricht reste un centre industriel : la production métallurgique, l'orfèvrerie, la
verrerie, et la céramique y sont florissantes.
Le pouvoir ne se base plus sur des institutions abstraites, mais sur les relations
personnelles entre : le roi et l'aristocratie; l'aristocratie et ses guerriers libres; les
serfs et les propriétaires fonciers. Le roi est à la tête de l'empire. Les souverains
ne parviennent pas à assurer l'ordre intérieur : l'insécurité règne. Ils s'entourent
de fidèles, qui occupent les fonctions importantes à la cour. Ces fidèles forment au
fil du temps une aristocratie. En récompense de leur service, ils reçoivent des terres
du domaine royal, et une seigneurie. Cette aristocratie devient de plus en plus puissante.
D'autres hommes libres détiennent le pouvoir dans les campagnes. Ces sont les commandants
militaires, qui ont aussi le pouvoir judiciaire. Ils sont les descendants de la noblesse
gallo-romaine, ou des chefs francs. Il y a aussi des hommes libres de rang inférieur, qui
possèdent une exploitation propre. L'insécurité permanente les oblige à se mettre sous
la protection d'un propriétaire foncier. Par conséquent ils doivent renoncer à leur
position juridique favorable et deviennent dépendants du seigneur. Les serfs ont une
exploitation propre, mais ils sont obligés de travailler sur les terres du seigneur. A
l'époque mérovingienne, il y a encore un grand nombre d'esclaves, qui travaillent la
terre. Les plus chanceux entrent comme domestiques au service du seigneur.
La jurisprudence est basée sur le droit commun. Dans la période 508-511, de nombreuses
règles de droit sont compileés dans un texte appelé le Code Salique. Les comtes locaux,
assistés par quelques hommes libres, disent le droit.
Après Dagobert Ier, le pouvoir tombe entre les mains des maires du palais. Ils dirigent
l'administration. Une nouvelle dynastie se développe : celle des Péppinides. En 751,
Pépin le Bref destitue le dernier roi mérovingien. Il devient le premier roi d'une
nouvelle dynastie, celle des Carolingiens. |
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C.
Les Carolingiens (de 750 à 900)
La chute de la monarchie mérovingienne
permet à la dynastie des Péppinides de s'emparer du pouvoir. Ils réussissent à stopper
l'avancée de l'Islam. En 751, Pépin le Bref dépose le dernier roi mérovingien avec
l'appui du pape. Son fils Charlemagne soumet les Saxons et les Frisons et les force à
rejoindre le monde chrétien. Il reprend la Catalogne aux Arabes. Le pape sacre
Charlemagne empereur la nuit de Noël 800.
Le centre de l'empire franc se déplace vers la région située entre la Meuse et le Rhin.
Charlemagne fait d'Aix-la-Chapelle sa principale résidence. L'économie des Pays-bas s'en
trouve favorisée.
Les Carolingiens veulent maîtriser l'économie. Battre monnaie redevient un privilège
d'état. Les régions belges connaissent à cette époque une expansion économique. Sous
l'impulsion des abbayes, le défrichement s'étend, surtout en Flandre, et les paroisses
se multiplient. La production agricole augmente grâce à une amélioration de
l'outillage, elle-même induite par les progrès de la métallurgie. La production
d'objets en fer augmente. L'abondance crée des marchés locaux où les agriculteurs
écoulent leur surproduction et où les marchands proposent leurs produits. Un commerce à
longue distance s'installe également. La majorité des marchands sont frisons. Les biens
commercialisés sont : les céréales, le poisson, le vin, les produits orientaux, les
draps frisons, l'ambre et les armes.
Charlemagne réforme l'empire franc. Il le morcelle en
comtés, administrés par des fonctionnaires royaux, qui représentent le roi aux niveaux
judiciaire et militaire. Le roi choisit ses collaborateurs parmi quelques puissantes
familles de propriétaires terriens. L'aristocratie conserve le pouvoir au niveau local.
Les temps sont durs pour les hommes libres, qui possédent peu. L'aristocratie et les
fonctionnaires royaux tentent de les dépouiller de leurs biens et de les soumettre aux
grands propriétaires terriens. Les esclaves quant à eux sont massivement libérés.
Au point de vue culturel, on peut parler d'une renaissance carolingienne. Le latin, qui a
subi un certain abâtardissement sous les Mérovingiens, est remis à l'honneur. Il reste
l'usage exclusif du clergé. La noblesse guerrière continue à utiliser le franc comme
langue véhiculaire. Au point de vue architectural, l'empire franc est sous influence
byzantine. Certaines églises sont construites par des architectes byzantins, qui seuls
maîtrisent la rotonde. La majorité des édifices religieux sont cependant construits sur
le modèle de la basilique latine.
A la mort de Charlemagne, son fils unique Louis le Pieux monte sur le trône. En 817, ce
dernier établit un document réglant sa succession. Seul son fils aîné pourra hériter
de l'empire, les autres étant ses vassaux. A la mort de sa première épouse, il se
remarie et a encore un fils, qui pose aussi ses exigences. A la mort de Louis, ses fils
partagent, en 843, l'empire carolingien en trois parties. Charles le Chauve reçoit la
Francie occidentale, à l'ouest de l'Escaut, Lothaire le territoire entre l'Escaut et le
Rhin, la Lotharingie, et Louis le Germanique le territoire oriental germanique, ou Francie
orientale. Lothaire reçoit également le titre impérial. Après sa mort, la Lotharingie
s'affaiblit rapidement et ses frères espèrent s'approprier son royaume. Après une
longue navette entre la Francie occidentale et la Francie orientale, le territoire est
rattaché en 925 au royaume oriental. La frontière entre l'Ouest et l'Est est marquée
par l'Escaut. Les territoires occidentaux de la Belgique actuelle appartiennent donc à la
Francie occidentale, la future France, les régions orientales sont rattachées à la
Francie orientale, le futur "Saint empire romain germanique". Le roi de Francie
orientale reçoit le titre d'empereur.
Les dissensions internes mettent l'empire à la merci des invasions. Les Normands
effectuent dans nos régions des razzias en vue de ramener des objets de valeur. Ceux-ci
se trouvent en général dans les monastères, qui sont la principale cible des pillages.
Devant l'affaiblissement du pouvoir central, les seigneurs locaux prennent en mains la
protection de la population. On construit forteresses, donjons et autres fortifications.
En échange de leur protection, les nobles locaux prennent une partie des libertés de
leurs protégés, et s'émancipent ainsi vis-à-vis de leur souverain. Ils deviennent des
seigneurs locaux, liés au prince par un serment féodal. |
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Aperçu
général Moyen âge tardif (1300-1500)
Les tensions grandissantes entre, d'une
part, marchands et artisans, et, d'autre part, comte de Flandre et roi de France,
débouchent sur la bataille de Courtrai, en 1302 (la bataille des Eperons d'or). Les
artisans, regroupés en métiers, en sortent victorieux, et prennent, en Flandre, le
pouvoir dans l'administration des villes. Dans le Brabant, le pouvoir communal reste aux
mains de la classe dominante. Dans la principauté de Liège, l'autorité du
prince-évêque est fortement limitée, au profit des institutions communales, dirigées
par les métiers.
Au XVe siècle, toutes les régions de l'actuelle Belgique passent sous l'autorité des
ducs de Bourgogne, à l'exception de la principauté de Liège. Les ducs limitent les
pouvoirs des grandes villes flamandes. Ils créent des institutions chapeautant
l'administration et la justice, mais les régions préservent pour une grande part leur
autonomie.
L'industrie textile des grandes villes se concentre sur les produits de luxe. Draps et lin
bon marché sont produits dans les plus petites villes et à la campagne. L'exportation
drapière échappe au contrôle des marchands locaux. Bruges est bien le port de
transbordement des régions situées entre la Baltique et la Méditerranée, mais le
commerce est régi par les marchands étrangers. Au XVe siècle, suite à l'ensablement du
Zwin, mais aussi pour des raisons économiques et politiques, Anvers supplante Bruges en
tant que principal port de transit d'Europe occidentale. |
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A.
Les Pays-Bas unis et les Habsbourg (1482-1585)
Après la mort de Marie de Bourgogne,
les principautés belges passent sous la domination des Habsbourg. Durant le règne de
Charles Quint (1515-1555), la Belgique se distingue par son taux élevé d'urbanisation.
Anvers est le centre commercial et financier de l'Europe occidentale. La première moitié
du XVIe siècle marque une période de prospérité. Les arts et les sciences sont
florissants.
Une forte croissance démographique accentue toutefois le problème de la pauvreté. Sous
Philippe II (1555-1598), roi d'Espagne et des Pays-Bas, l'agitation sociale grandit.
Entre-temps, le protestantisme s'est propagé dans les Pays-Bas. Philippe II, souverain
catholique, est déterminé à combattre la Réforme par tous les moyens. Son despotisme
politique et religieux se heurte à l'opposition de la noblesse et de la bourgeoisie.
Les tensions se transforment en un mouvement d'insurrection générale contre Philippe II.
Les protestants radicaux réussissent à chasser les troupes espagnoles des provinces du
nord (les actuels Pays-Bas). Les provinces du sud (l'actuelle Belgique) sont reconquises
par les Espagnols. La prise d'Anvers par l'armée espagnole, en 1585, marque la coupure
définitive entre Pays-Bas du nord et du sud. Dans les provinces du sud, sous domination
espagnole, le catholicisme obligatoire est réinstauré.
La principauté de Liège est restée indépendante. Le protestantisme y connaît un
succès plus modéré, mais, là aussi, les calvinistes sont victimes de poursuites. Au
cours du XVIe siècle, la principauté réussit, de manière satisfaisante, à assurer sa
neutralité par rapport aux territoires voisins. |
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B.
Les Pays-Bas du sud sous les Archiducs et l'Espagne (1585-1715)
Après 1585, les Pays-Bas du sud,
exception faite de la principauté de Liège, sont soumis à la couronne d'Espagne. La
religion catholique est obligatoire. En 1598, peu avant sa mort, Philippe II accorde aux
provinces du sud un statut semi-indépendant. Les archiducs Albert et Isabelle gouvernent
le pays. L'Espagne leur accorde une large autonomie en matière de politique intérieure.
En 1621, l'archiduc Albert meurt toutefois sans descendance, et les provinces du sud
retombent sous la souveraineté directe de l'Espagne. Les Pays-Bas méridionaux vont, dès
lors, subir les conséquences du déclin de leurs maîtres espagnols. De nombreux
territoires sont perdus définitivement, au profit de la France et des Provinces-Unies du
nord.
L'administration des Pays-Bas s'hispanise graduellement. La contre-réforme freine les
progrès de la science. Durant la première moitié du XVIIe siècle, la population rurale
se remet lentement des guerres du siècle précédent. Sur le plan économique,
l'industrie doit se tourner essentiellement vers les produits de luxe. Anvers décline et
cède sa place de plaque tournante de l'économie européenne à Amsterdam.
La deuxième moitié du XVIIe siècle annonce une nouvelle période de malheurs. Les
Pays-Bas du sud sont touchés par une crise économique due à la surpopulation et à la
concurrence étrangère. Les guerres de Louis XIV ravagent les provinces belges. En 1695,
la ville de Bruxelles est délibérément détruite par les troupes françaises, après
trois jours de bombardements, du 13 au 15 août.
En 1715, les Pays-Bas du sud sont cédés à l'empire des Habsbourg. Une période plus
calme commence.
La principauté de Liège, restée catholique, voit s'affronter les conservateurs et les
progressistes. Chaque partie fait appel à une grande puissance étrangère, et Liège
n'est donc par épargnée par les guerres extérieures. Toutefois, l'économie n'en
souffre pas. Au contraire, le déclin économique des Pays-Bas du sud accélère le
développement de la principauté. Le secteur des armes et l'industrie textile
verviétoise en sont les principaux bénéficiaires. |
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C.
Les Pays-Bas autrichiens (1715-1794)
En 1715, les Pays-Bas du sud sont
cédés à l'empire des Habsbourg (Autriche). Une période paisible commence, troublée
seulement par l'occupation du territoire par les Français, entre 1744 et 1748. Les
souverains autrichiens veulent appliquer les principes du siècle des Lumières et
accordent davantage de libertés.
Les tentatives de l'empereur Joseph II pour réformer radicalement l'Etat déclenchent
toutefois la révolution brabançonne (1790). Mais en moins d'un an, la discorde entre
progressistes et conservateurs fait retomber le pays sous la domination autrichienne.
Dans la principauté de Liège, le régime dépend des convictions conservatrices ou
éclairées du prince-évêque. En 1789, une révolution progressiste éclate contre la
politique, considérée alors comme réactionnaire, du prince-évêque au pouvoir. Elle
est réprimée par les Autrichiens au cours de leur campagne de reconquête des Pays-Bas
du sud.
En 1792, la principauté de Liège et les Pays-Bas autrichiens sont envahis par la
République française, puis reconquis en 1793 par l'Autriche. En 1794, ils sont
définitivement annexés par la France.
L'évolution des techniques et la croissance démographique jettent les bases de la
révolution industrielle du XIXe siècle. La construction des premières grandes
chaussées pavées favorise le trafic commercial. Vers 1720, la Compagnie d'Ostende est
tellement prospère qu'elle peut concurrencer les grandes puissances engagées dans le
commerce du thé. L'empereur est alors amené, pour des raisons dynastiques, à
démanteler cette Compagnie, en 1727. |
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A.
La période française (1794-1815)
En 1792, les Pays-Bas autrichiens et la
principauté de Liège sont envahis par les troupes républicaines françaises. L'année
suivante, ces territoires sont reconquis par les Autrichiens. Une nouvelle campagne
militaire française repousse définitivement l'armée autrichienne. Les territoires
annexés sont soumis aux mêmes lois et institutions républicaines qu'en France.
Lorsque Napoléon s'empare du pouvoir, la Belgique est intégrée dans l'empire français.
L'empereur met en place un nouveau cadre juridique de droit civil : le code Napoléon. Ce
code servira de modèle au futur code civil belge.
Durant la période française, la révolution industrielle gagne nos régions. Depuis la
Grande-Bretagne, des machines à vapeur sont introduites clandestinement en Belgique. Les
usines se construisent, parfois avec l'aide d'immigrés britanniques. La Wallonie devient
la région la plus industrialisée du continent européen. Gand est la seule ville
industrielle de Flandre. Le port d'Anvers tire profit de l'occupation française, grâce
à la levée du blocus néerlandais.
Le gouvernement français instaure le service militaire obligatoire. De nombreux Belges
sont enrôlés, contre leur gré, dans les armées impériales. Sous le régime
napoléonien, la liberté politique est inexistante. En Flandre, l'usage de la langue
néerlandaise est réprimé et les publications dans cette langue sont interdites.
En 1815, la défaite de Napoléon à Waterloo met fin au régime français.
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La révolution
industrielle
L'industrie belge se développe fortement sous
le régime français. La révolution industrielle, commencée au milieu du 18ème siècle
en Angleterre, va également s'implanter en Belgique, même si elle se manifeste
principalement en Wallonie. Elle se caractérise par la mécanisation de l'industrie
grâce à l'introduction de la machine à vapeur. Le travail manuel est remplacé par les
machines, actionnées par la vapeur. La technologie est introduite en Belgique par des
immigrants anglais (Cockerill) ou par l'importation clandestine de machines (Bauwens). A
partir de 1800, l'Anglais William Cockerill, installé à Verviers, fournit des machines
à l'industrie drapière locale. C'est la première étape vers la mécanisation totale de
l'industrie lainière à Verviers. A la même période, Liévin Bauwens installe à Gand
les machines à filer et à tisser le coton. La mécanisation de l'industrie cotonnière
fait de Gand la première et, jusqu'à la fin du XIXème siècle, la seule ville
industrielle flamande. Peu avant la révolution française déjà, les mines wallonnes
sont exploitées à l'aide de machine à vapeur. En 1803, le tapis roulant transporteur
est mis en service à Quaregnon. Les innovations techniques permettent à l'industrie
minière du Borinage, de Liège et du Centre de progresser à grands pas, parallèlement
à la croissance de la production. En 1810, le Hainaut produit plus d'un million de tonnes
de charbon par an. La fabrication des machines, et les besoins croissants en fer qui en
découlent, donnent une nouvelle impulsion à la sidérurgie. Les provinces de Liège, du
Hainaut et de Namur fournissent près d'un quart de la fonte de l'empire français.
L'usine d'armement de la ville de Liège est très importante. Dans la province de Liège,
la production de tôle connaît une forte croissance. De nouveaux secteurs industriels se
créent, comme la production d'acier, de fer-blanc et de zinc. La Wallonie devient la
première région industrielle du continent.
Les industriels sont encouragés par le gouvernement français. Les gildes corporatives,
qui regroupent les ouvriers par secteur, sont interdites, de même que le vagabondage, ce
qui libère un grand potentiel de main-d'oeuvre. Les biens confisqués de l'Eglise sont
revendus à prix avantageux aux industriels. Liévin Bauwens installe ses deux premières
usines dans des cloîtres chartreux et norbertin. La forte croissance de l'industrie est
rendue possible par l'ouverture d'un marché favorable à l'écoulement de la production.
La guerre avec l'Angleterre et le blocus continental ont supprimé la concurrence
anglaise. L' annexion par la France ouvre aux produits belges tous les marchés de
l'empire. Enfin, les nombreuses guerres obligent l'armée française à renouveler
fréquemment son équipement.
Les effets négatifs du blocus se font néanmoins sentir dès 1810. L'importation de
matières premières est difficile, et les débouchés se limitent à la France, aussi
grande soit-elle. La crise économique s'installe et est renforcée par le déclin du
régime napoléonien. La chute de Napoléon marque la faillite des nombreux industriels,
dont Liévin Bauwens. |
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B.
La période néerlandaise (1815-1830)
Après la défaite de Napoléon, les
alliés décident, lors du Congrès de Vienne, de créer un Etat tampon au nord de la
France. Les Pays-Bas du nord et du sud, ainsi que la principauté de Liège, sont réunis
en un seul Etat : le Royaume-Uni des Pays-Bas. Guillaume Ier d'Orange en devient le
souverain.
Guillaume Ier stimule le développement industriel de la Belgique. Il soutient la
mécanisation de l'industrie, améliore l'infrastructure des moyens de communication et
offre un soutien financier aux entrepreneurs. Les grands industriels wallons et gantois
appuient sa politique. L'industrie rurale non mécanisée de Flandre souffre, elle, de la
concurrence des grandes usines et l'insatisfaction s'installe.
L'église catholique soutient l'opposition dans les campagnes, car elle refuse d'accepter
un souverain protestant. De plus, Guillaume Ier essaie de réduire le pouvoir de l'Eglise,
ce qui renforce encore la méfiance de celle-ci.
Au niveau politique, le roi est autoritaire. Les libéraux demandent un gouvernement
composé de ministres responsables, mais le souverain refuse. En Flandre, Guillaume Ier
veut imposer le néerlandais comme langue officielle. Cette mesure contrarie les jeunes
classes supérieures wallonne et flamande francophone, qui se sentent menacées dans leur
carrière.
En 1828, les catholiques et les jeunes libéraux s'unissent et signent un programme
commun. Dans les Pays-Bas du sud, les tensions grandissantes vont déboucher sur une
scission d'avec le nord, et sur la création d'un Etat belge indépendant.
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Guillaume Ier
Guillaume Ier (1772-1843), prince
d'Orange-Nassau, est roi des Pays-Bas (1814-1840) et grand duc de Luxembourg (1814-1840).
Il veut réunir les Pays-Bas du Nord et du Sud. Il est encouragé dans cette voie par
l'Angleterre, qui désire établir un Etat tampon fort à la frontière nord de la France.
Le traité de Paris (mars 1814) concrétise ses voeux. Le grand-duché de Luxembourg
compense la perte des possessions allemandes de la dynastie des Nassau (congrès de
Vienne, 1815).
Les divergences d'opinion surgissent rapidement entre la Belgique et Guillaume Ier. La
nouvelle "loi fondamentale" de 1815 suscite l'opposition, concernant notamment
la liberté des cultes et le manque de responsabilité ministérielle. Ces tensions
poussent le roi à mener une politique de "despote éclairé". Les Etats
généraux se réunissent rarement et, au fil du temps, le souverain mène essentiellement
sa politique par arrêtés royaux.
Sur le plan économique, Guillaume Ier relance le commerce, la navigation et l'industrie.
Il fait creuser des canaux, fonde des institutions économiques, comme la
"Nederlandsche Bank" (1814) et la "Société générale des Pays-Bas"
(1822), à Bruxelles. Il met en rapport l'industrie lourde wallonne et les maisons de
commerce néerlandaises.
Sa politique scolaire et religieuse provoque de nombreux mécontentements, surtout à
cause de la formation politique des prêtres (création à Louvain du Collège
philosophique en 1825), et de la poursuite des opposants.
Lorsque Guillaume Ier impose la censure à la presse, les libéraux rallient l'opposition
catholique pour former ensemble l'"Unionisme", en 1828. La révolution éclate
en 1830, et aboutit à la scission du Nord et du Sud, selon les termes du traité des XXIV
Articles, signé à Londres le 15 octobre 1831. |
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Aperçu
historique général de la Belgique indépendante (de 1830 à nos jours)
Les provinces belges et néerlandaises
sont réunies en un seul Etat au cours du Congrès de Vienne de 1815. La Belgique passe
alors sous la direction du monarque hollandais, Guillaume Ier. Bien que sa politique
économique soit favorable à la bourgeoisie belge, des protestations s'élèvent
rapidement. Ainsi les catholiques protestent contre l'ingérence de Guillaume Ier dans les
affaires religieuses et les libéraux contre le manque de libertés. En 1828, la
bourgeoisie catholique et libérale de la future Belgique s'unissent pour élaborer un
programme commun d'exigences. C'est ce qu'on a appelé l'unionisme ou l'alliance
diabolique.
Le 23 septembre 1830, la révolution éclate à Bruxelles. Les rebelles bruxellois
reçoivent l'appui de volontaires venant de l'extérieur de la ville. A la suite de cette
révolution, la Belgique se sépare des provinces du nord. Le Gouvernement provisoire
déclare l'indépendance, le 4 octobre 1830, et le 3 novembre de la même année 30.000
électeurs censitaires élisent le Congrès national. Ce Congrès approuve, le 7 février
1831, une constitution très progressiste pour l'époque.
Une conférence diplomatique sur l'avenir de la Belgique s'ouvre à Londres le 4 novembre
1830. Les grandes puissances reconnaissent la séparation de la Belgique et des Pays-Bas.
Léopold de Saxe-Cobourg devient le premier roi des Belges en 1831. En 1865, son fils
Léopold II lui succède. Sous leurs règnes, la Belgique devient la deuxième puissance
industrielle. Afin d'assurer l'approvisionnement en matières premières et de garantir
par conséquent l'indépendance économique, les deux souverains ont financé diverses
expéditions coloniales. Ce n'est qu'à la fin du 19ème siècles que les tentatives sont
couronnées de succès. Léopold II soutient activement les expéditions de Henry Stanley
dans les territoires congolais. Stanley conclut avec les chefs de tribus locales des
accords qui mènent à une confédération d'Etats. A l'origine, le gouvernement belge et
le parlement n'ont rien à voir dans cette affaire. Léopold II, premier occupant
d'Afrique centrale, jouit d'une position forte à la conférence de Berlin, en 1884. Ses
exigences sont reconnues. En 1885, le parlement belge l'autorise à devenir chef d'Etat du
Congo, qui n'est cédé à la Belgique qu'en 1908.
Malgré la politique de neutralité imposée à la Belgique par les grandes puissances,
notre pays n'est pas épargné pendant la première guerre mondiale. L'armée belge, sous
les ordres d'Albert Ier, n'est pas de taille à affronter la super-puissance allemande.
Elle arrête néanmoins les Allemands devant l'Yser. La Belgique payera un lourd tribut
lors de la première guerre mondiale. La région du front de l'Yser est particulièrement
touchée.
Des années difficiles suivent la première guerre mondiale. Le malaise économique
international est perceptible en Belgique également. Le danger vient encore de
l'Allemagne, où Hitler a pris le pouvoir. A partir de 1936, la Belgique mène à nouveau
une politique de neutralité, mais, cette fois encore, l'Allemagne envahit la Belgique, en
mai 1940. Après 18 jours de combat, Léopold III décide de capituler. Cette décision
entraîne une rupture avec le gouvernement et est à l'origine de la question royale qui
surgit après la libération. Léopold III est contraint d'abdiquer en faveur de son fils
Baudouin Ier. Ce dernier reste sur le trône jusqu'à sa mort, le 31 juillet 1993. Le Roi
Albert II monte sur le trône, le 9 août 1993. Il est le sixième roi des Belges. Les
questions communautaires jouent un rôle capital dans l'histoire politique récente.
Quatre réformes de l'Etat ont transformé la Belgique en Etat fédéral. La scène
politique est également dominée par des problèmes économiques et par une
internationalisation croissante. La Belgique a joué un rôle important dans la
construction de l'Union économique belgo-luxembourgeoise, du Benelux et de l'unification
européenne. En tant que membre des Nations Unies et au service de la paix dans le monde,
la Belgique engage régulièrement ses troupes pour participer aux actions internationales
ou envoie des observateurs sur place. |
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B.
Le gouvernement provisoire et le congrès national
L'occupation de Bruxelles par l'armée
hollandaise, entre le 23 et le 27 septembre 1830, provoque la création d'un comité
révolutionnaire. Ce comité se mue en gouvernement provisoire, après le repli des
Hollandais.
Le 4 octobre 1830, le gouvernement provisoire proclame l'indépendance des neuf provinces
belges. Il charge une commission d'élaborer une nouvelle constitution. Le 10 octobre, il
convoque des élections pour élire un congrès national. Le congrès est élu au suffrage
direct, mais le système censitaire limite à 45.000 hommes le nombre d'électeurs. Le
vote a lieu le 3 novembre, seuls 30.000 citoyens se présentent. Le congrès se compose de
200 membres, issus principalement de la bourgeoisie. Il se réunit pour la première fois
le 10 novembre. Jusqu'à cette date, les pouvoirs exécutif et législatif étaient
exercés par le gouvernement provisoire. Il gouverne par décret. Il proclame certaines
grandes libertés, comme les libertés d'association, de la presse, de conscience et
d'enseignement.
La première tâche du congrès est l'élaboration et l'approbation d'une constitution. La
nouvelle constitution est adoptée le 7 février 1831. Un régent est également désigné
ce jour. Le gouvernement provisoire, qui exerce encore le pouvoir exécutif, est dissout.
Le congrès national se maintient en tant qu'organe législatif jusqu'à l'élection du
premier parlement, le 8 septembre 1831. |
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C.
La première constitution unitaire
Le 25 novembre 1830, le projet de
constitution, élaboré par la commission désignée par leuvernement provisoire, est
soumis au Congrès national. Le 7 février 1831, le Congrès national clôture les débats
et vote la constitution belge.
La constitution belge est une synthèse équilibrée des constitutions françaises de
1791, 1814 et 1830, de la constitution néerlandaise de 1814 et du droit constitutionnel
anglais. Le texte constitutionnel n'est toutefois pas un amalgame juridique, mais bien une
création originale. Ses principes élémentaires sont toujours en vigueur aujourd'hui.La
Belgique devient donc une monarchie parlementaire. Le principe de basedelaconstitution est
la séparation des pouvoirs. Les trois pouvoirs distincts sont: le pouvoir législatif, le
pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire.
Le pouvoir législatif est exercé par la Chambre des Représentants et le Sénat, qui
votent les lois, et par le Roi, qui les promulgue et les sanctionne. Les députés et les
sénateurs sont élus au suffrage censitaire, c'est-à-dire par des citoyens disposant de
revenus suffisants pour payer le cens électoral (quota d'impôts). Bien qu'élu par une
fraction seulement de la population, le parlement est considéré comme émanant de la
volonté du peuple.
Le pouvoir législatif est donc le pouvoir le plus puissant en Belgique. Pour être
éligible au Sénat, le candidat doit payer un quota d'impôts encore plus élevé que
pour être électeur, et être âgé au moins de 40 ans. Le rôle du Sénat est de
tempérer les éventuelles initiatives inconsidérées de la Chambre.
Le pouvoir exécutif est confié au Roi et à ses ministres. La responsabilité de la
politique gouvernementale est cependant du ressort des ministres. La constitution prévoit
qu'aucun acte du Roi n'est suivi d'effet sans la signature d'un ministre. Les ministres,
eux, sont responsables devant le parlement (la Chambre et le Sénat).
Le pouvoir judiciaire appartient aux tribunaux. Les séances sont, en principe, publiques.
Les juges ne peuvent être démis de leurs fonction que par un jugement. En outre, un jury
est constitué pour les crimes, délits politiques et délits de presse.
La constitution garantit également les libertés fondamentales du citoyen. Tous les
Belges sont égaux devant la loi. Aucun citoyen ne peut être privé de sa liberté sans
l'ordonnance d'un juge. L'inviolabilité du domicile et celle du secret des lettres sont
garanties. Chacun est libre d'exprimer son opinion, dans tous les domaines, et de
pratiquer la religion de son choix. La liberté de l'enseignement et la liberté de la
presse sont également garanties. Les libertés de réunion et d'association sont
formellement reconnues par la constitution.
La première constitution belge est très centralisatrice, c'est-à-dire qu'elle dote
l'Etat central d'un pouvoir fort, afin de combattre le particularisme et de renforcer
l'unité du pays.
Le texte initial de la constitution de 1831 a subi diverses modifications. Les deux
premières révisions concernent le droit de vote et les conditions d'éligibilité. Les
quatre réformes suivantes transforment la Belgique unitaire en Etat fédéral. |
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Aperçu
historique de la fédéralisation
Depuis des temps anciens, le territoire
de la Belgique est soumis à l'influence des mondes latin et germanique. Cela engendre une
pluralité culturelle qui, à la naissance de la Belgique, en 1830-1831, existe depuis
très longtemps déjà. C'est cette différence de langue, de culture, qui est la source
des revendications porteuses de la réforme de l'État.
Les lois linguistiques, votées de 1873 à 1963, ont constitué une étape importante de
la réforme de l'État. Ces lois concernent l'emploi et la reconnaissance des langues
française, néerlandaise et allemande comme langues officielles de la Belgique.
Mais des lois linguistiques ne suffisent pas à réformer l'État. Pour réformer
celui-ci, il a fallu modifier le texte qui constitue le fondement de l'organisation de
l'État, autrement dit: réviser la Constitution. La Révision de la Constitution du 5 mai
1993 a consacré le nouvel État fédéral, au terme d'une réforme entamée en 1970,
approfondie en 1980 et poursuivie en 1988-1989. |
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Les
première et deuxième réformes de l'État
En 1970, une première révision de la
Constitution consacre les trois Communautés culturelles. C'est le début du processus de
réforme de l'État sur le plan juridique.
La naissance des trois Communautés culturelles est, comme leur nom l'indique, le signe
d'une certaine autonomie en matière de culture. Leurs compétences sont toutefois très
limitées.
Cette réforme répond à l'aspiration des Flamands à l'autonomie culturelle.
En 1970, on prévoit également la création de trois Régions dotées chacune d'un
territoire et appelées à agir surtout dans le domaine économique. Elles répondent à
l'aspiration des francophones, Wallons et Bruxellois, à l'autonomie économique.
C'est en 1980 qu'a lieu la deuxième réforme de l'État. On poursuit alors le travail
entamé en 1970. Les Communautés culturelles deviennent des Communautés proprement dites
parce qu'elles ne gèrent plus uniquement la culture, mais aussi des matières qui
touchent directement aux personnes: la santé et l'aide sociale.
En conséquence, ces trois Communautés s'appellent, dès 1980: la Communauté flamande,
la Communauté française et la Communauté germanophone. Ces Communautés sont dotées
chacune d'un Conseil (un parlement) et d'un Exécutif (un gouvernement).
Lors de la réforme de 1980, deux Régions voient le jour: la Région flamande et la
Région wallonne. Celles-ci disposent d'un Conseil et d'un Gouvernement.
Il est à noter qu'en Flandre, dès l'origine, le Gouvernement et le Conseil de la Région
flamande ont fusionné avec le Gouvernement et le Conseil de la Communauté flamande. En
Flandre, il n'y a donc qu'un seul Gouvernement et un seul Conseil.
Les francophones n'ont pas fusionné les organes de la Communauté française et de la
Région wallonne parce qu'il y a beaucoup plus de francophones bruxellois par rapport aux
francophones wallons qu'il n'y a de néerlandophones bruxellois par rapport aux Flamands.
De cette deuxième étape en 1980, on retiendra également le fait que la Région
bruxelloise, bien que reconnue en 1970, reste "au frigo" pour ce qui concerne
ses institutions. La troisième réforme changera cette situation. |
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Les
troisième et quatrième réformes de l'État
Lors de cette troisième réforme de
l'État, en 1988-1989, c'est plus particulièrement la Région de Bruxelles-Capitale qui
prend forme. Elle est dotée, comme les deux autres Régions, d'institutions et, plus
précisément, d'un Conseil - appelé maintenant Parlement - et d'un Gouvernement. Le
Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale vote les ordonnances et le Gouvernement les
applique.
En 1988-1989, la troisième réforme de l'État donne également aux Communautés
davantage de compétences et renforce encore les Régions. Les Communautés se voient
attribuer, notamment, l'enseignement, tandis que les Régions reçoivent, entre autres,
les travaux publics et le transport.
En 1993, enfin, on aboutit, avec la quatrième réforme de l'État, à la phase ultime du
processus entamé en 1970. L'État belge devient un État fédéral à part entière, où
les Communautés et les Régions, mises en place lors des réformes précédentes,
acquièrent toutes leurs compétences.
La première phrase de l'ancien article premier de notre Constitution, "La Belgique
est divisée en provinces", est devenu "La Belgique est un État fédéral qui
se compose des communautés et des régions".
Dès ce moment, le fédéralisme belge est devenu une réalité juridique formellement
reconnue comme telle. |
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La
cinquième réforme de lÉtat
En 2001, laccord du Lambermont et
laccord du Lombard annoncèrent la cinquième réforme de lEtat.
Laccord du Lambermont transfère certaines compétences aux Communautés et
Régions. Ainsi, la loi communale et la loi provinciale sont devenues une compétence
régionale. Lagriculture, la pêche en mer et le commerce extérieur ont également
été régionalisés. La coopération au développement (pour les compétences régionales
et communautaires), le contrôle des dépenses électorales lors de lélection du
Parlement et le financement additionnel des partis politiques ont été transférés aux
Communautés et Régions. Laccord prévoit, en outre, un certain nombre de mesures
relatives au financement des Communautés, lextension des compétences fiscales des
Régions ainsi quune dotation supplémentaire des autorités fédérales aux
Commissions communautaires française et flamande.
Laccord du Lombard modifie le fonctionnement des institutions bruxelloises. Depuis
lors, les six membres bruxellois du Parlement flamand sont élus directement.
Laccord modifie en outre la répartition des sièges entre les deux groupes
linguistiques au sein du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. La majorité des
voix nécessaire dans chaque groupe linguistique du Parlement de la Région de
Bruxelles-Capitale pour adopter les principales ordonnances régionales en matière de
pouvoirs subordonnés a, elle aussi, été adaptée.
Les deux accords sont entrés en vigueur grâce aux deux lois spéciales du 13 juillet
2001. |
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L'évolution du droit de vote
Depuis 1830, le droit de vote a subi
une forte évolution. Les premières élections sont celles du Congrès national. Pour
pouvoir exercer le droit de vote, au niveau parlementaire et provincial, il faut être de
sexe masculin, âgé de 25 ans et payer un certain quota d'impôts (le cens électoral),
variable selon le lieu de résidence. Les électeurs dits "capacitaires"
disposent également du droit de vote, en vertu de leur diplôme ou de leur fonction.
Cette dernière catégorie d'électeurs ne sera toutefois pas retenue par le Congrès
national, lorsqu'il inscrira le suffrage censitaire dans la Constitution. L'âge minimum
pour les élections communales est de 21 ans.
En 1848, le cens, variable jusque là selon la région, est ramené, dans l'ensemble du
pays, au minimum constitutionnel. Cette abaissement entraîne la première extension du
droit de suffrage. Une deuxième baisse intervient en 1871, aux niveaux provincial et
communal uniquement. En 1883, le suffrage capacitaire est réintroduit.
En 1893, le suffrage universel, tempéré par le vote plural, est instauré : tous les
Belges de sexe masculin, âgés de plus de 25 ans, disposent d'une voix. Certains d'entre
eux se voient même accorder des voix supplémentaires (deux maximum) :
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en tant qu'électeur capacitaire; |
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en tant que chef de famille de plus de 35 ans,
payant au moins 5 F de taxe de résidence; |
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en tant que détenteur d'un livret d'épargne de
2.000 F minimum, ou bénéficiaire d'un rente viagère de 100 F. |
Pour les élections communales, une
quatrième voix est octroyée aux pères de famille payant un cens électoral déterminé
ou dont le revenu cadastral atteint 150 F. De plus, il faut avoir 30 ans pour voter aux
élections communales. Une mesure similaire est instaurée pour les provinces. La nouvelle
loi électorale, enfin, oblige le citoyen à voter. L'exercice du droit de vote est
toujours obligatoire aujourd'hui.
En 1921, la constitution entérine le suffrage universel "pur et simple" : une
seule voix, pour chaque homme âgé de plus de 21 ans. C'est le système qui avait
d'ailleurs été appliqué aux élections législatives de 1919, sans attendre la
modification de la constitution.
Les femmes, qui, jusqu'en 1921, ne disposent d'aucun droit de suffrage, reçoivent, cette
année-là, le droit de vote pour les élections communales. Les veuves de guerre peuvent,
par ailleurs, participer aux législatives. Les restrictions aux niveaux provincial et
national ne sont abolies qu'en 1948 : les femmes disposent alors du même droit de vote
que les hommes.
En 1969, l'âge minimum des électeurs pour les communales est ramené à 18 ans. En 1981,
cette modification s'applique, aussi, aux législatives. En 1992, il est décidé
d'accorder aux ressortissants de l'Union européenne le droit de vote aux élections
communales, à partir de l'an 2000. En 1994, ils ont déjà pu participer aux élections
européennes.
A l'origine, le mode de scrutin est soumis au régime majoritaire. Le candidat doit
obtenir la majorité absolue des voix dans sa circonscription, faute de quoi un second
tour décisif est organisé. En 1899, un système proportionnel est instauré, selon
lequel le nombre de mandats par circonscription est réparti en fonction du nombre de voix
par liste. |
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Les conditions
d'éligibilité
Pour éviter toute prise de décision
hâtive du Parlement, la constitution de 1831 instaure un système législatif bicaméral
(Chambre et Sénat).
Pour pouvoir être élu à la Chambre (et aussi au conseil provincial), il suffit d'être
de sexe masculin et âgé de 25 ans. Aucun cens n'est exigé. On pouvait donc, tout à la
fois, remplir les conditions d'éligibilité et être exclu du droit de vote. Les
candidats sénateurs, eux, doivent avoir atteint l'âge de 40 ans et s'acquitter d'un cens
élevé (2.116 franc). Pour être élu au niveau communal, le paiement du cens est
obligatoire jusqu'en 1848.
En 1848, une limitation importante est adoptée. Dorénavant, les fonctionnaires ne
peuvent plus exercer de mandat parlementaire. La première réforme de la constitution, en
1893, modifie la composition du Sénat. Le cens dû par les candidats est ramené à 1.200
franc. Les citoyens disposant d'un revenu cadastral de 12.000 francs peuvent également se
présenter aux élections. Les conseils provinciaux peuvent désigner certains sénateurs.
En 1921, la seconde révision de la constitution modifie à nouveau le Sénat. Le cens est
aboli. A côté des sénateurs directs et provinciaux, certains membres sont choisis
directement par le Sénat pour siéger dans ses rangs (la cooptation). Le choix s'opère
parmi les personnalités éminentes du pays.
A partir de 1921, les femmes peuvent également se présenter aux élections communales et
législatives. Elles peuvent donc siéger au Parlement, alors qu'elles ne pourront en
élire les membres qu'en 1948.
En 1982, l'âge de l'éligibilité pour les élections communales est ramené à 21 ans,
puis, en 1991, à 18 ans.
La révision constitutionnelle de 1993 ramène l'âge de l'éligibilité pour le Parlement
à 21 ans. Cette mesure s'applique à la Chambre, au Sénat et au Parlement européen. La
composition du Sénat subit une nouvelle transformation. A côté des élus directs et des
membres cooptés, certains sénateurs sont désignés par les Communautés. Les candidats
aux conseils communautaires et régionaux doivent aussi être âgés de 21 ans. Comme les
élections communales et celles des conseils provinciaux coïncident depuis 1993, l'âge
minimum des conseillers provinciaux a été ramené à 18 ans.
Depuis l'indépendance de la Belgique, les enfants royaux entrant en ligne de compte pour
la succession au trône disposent du droit constitutionnel de siéger au Sénat. Jusqu'en
1991, ces sénateurs de droit étaient exclusivement des hommes, puisque les femmes
n'étaient pas admises à la fonction royale (la révision de la Constitution de 1991 a
étendu la succession de la royauté aux descendants féminins). Léopold II, Albert I,
Léopold III et Albert II ont été sénateurs de droit, en tant que princes royaux. Le
Prince Philippe et la Princesse Astrid ont prêté serment devant le Sénat,
respectivement le 21 juin 1994 et le 20 novembre 1996. La princesse Astrid est la
première femme à prendre possession de son siège de droit à la haute assemblée.
Depuis 2000, le Prince Laurent siège également au senat. |
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